Farid Izemmour
TRACES — Sommaire

Épilogue

Lettre à la lumière

Lumière,

tu es la première et la dernière chose que je cherche sur une toile.

Avant la forme, tu étais déjà là. Tu traverses mes tableaux comme un souffle ancien, comme une mémoire qui ne s’oublie pas — celle d’Alger, frontale et sans demi-mesure, que j’ai emportée avec moi jusqu’à Fribourg sans jamais réussir tout à fait à la remplacer.

Je t’ai cherchée dans l’encre, dans les pigments, dans le blanc laissé volontairement vide d’une toile de Dialogue. Tu ne t’attrapes pas complètement. Tu n’es pas à peindre — tu es à accueillir, à chaque fois différemment, comme on accueille ce qu’on ne contrôle pas entièrement.

Chaque trait que je trace depuis la Série des trente est, d’une certaine manière, une tentative de te suivre. Chaque ligne d’écriture arabe, dans Traces, un écho de ton passage sur une matière qui la retient un instant avant de la laisser filer. Ce livre a tenté de dire par où je suis passé pour te chercher — l’atelier de calligraphie de Télémly, la salle d’opération, l’exil, les quatre séries qui se répondent. Il ne prétend pas avoir tout dit. Une trajectoire de trente-cinq ans ne se referme pas sur un livre, quelle que soit l’exigence qu’on y a mise.

Je ne peins plus aujourd’hui pour comprendre entièrement ce que je cherche. Je peins parce qu’à travers cette recherche, j’ai trouvé quelque chose qui ressemble au sens de mon propre parcours — la continuité d’un même geste, qui a d’abord réparé un corps avant de construire une œuvre, sans jamais changer de main. Peindre, c’est te suivre, te perdre, puis te retrouver un peu différent à chaque toile.

Farid Izemmour